Contes de sagesse

Les contes sont l’histoire de l’humanité, parfois notre histoire. Une fois sortis de la bouche d’un tel, ils font leur chemin seuls et viennent se loger dans l’oreille de celui qui en a besoin. Laissez les courir. Puisez dedans la sagesse dont vous avez besoin pour avancer. Je vous souhaite une bonne route sur le chemin de votre vie.

Nul n’est tenu de se plier aux circonstances

 

Nasreddine faisait un voyage en bateau. Soudain, la tempête se déchaîna et le bateau commença à prendre l’eau. Le capitaine affolé lançait ses ordres à la ronde :

 

-      Marins et passagers, que chacun de vous prenne un seau.
  Il faut vite écoper !

 

Les marins et les voyageurs se mirent tous à la tâche : chacun, un seau à la main, vidait l’eau du bateau et la jetait dans la mer.

 

Tous, sauf Nasreddine qui faisait tout à fait le contraire : il prenait l’eau dans la mer et la versait dans le bateau.

 

Le capitaine, en le voyant, poussa un cri :

 

-    Mais que fais-tu, malheureux ? Tu veux nous faire périr ou quoi ? C’est absolument le contraire qu’il faut faire !

-    Ah vraiment ! lui répondit Nasreddine. Je croyais qu’il fallait se mettre du côté du plus fort.

 

D’après Jihad Darwiche et David B.

“Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage” (A. Michel)

Quand même, pas si bête

Nasreddine a du blé à moudre.

Il se joint donc aux gens qui montent au moulin, décharge son sac à la porte, parmi ceux de ses compagnons. Les autres entrent en bavardant. Il s’attarde, le nez au vent. Un coup d’œil à droite et à gauche. Il est seul. Il plonge sa main dans les sacs alentour du sien, et grossit de quelques poignées, ni vu ni connu, sa récolte. Et comme il se dit « Encore une ! », le dos courbé, les doigts crochus :

- Nasreddine, je t’y prends. Dis donc, tu n’as pas honte ?

- De quoi ? dit l’autre, l’air d’un ange, mais tout de même un peu tremblant.

- Tu remplis ton sac de MON blé !

- Ah bon ? Tu crois ? Je perds la tête. Excuse-moi, je suis idiot.

- Idiot ? Mon œil ! Si tu l’étais, c’est mon sac que tu remplirais !

Nasreddine redresse la tête et, faussement scandalisé !

- N’exagère pas, compagnon. Idiot oui, mais pas à ce point.

 

Recueilli par Henri Gougaud

La bonne question

 

- Si j’ai bien compris, Samuel, ton ambition est d’être un jour le maître le plus   vénérable de Varsovie et sa banlieue.

- En effet, rabbi, je l’avoue. J’aimerais être assez savant pour qu’aucune question au monde ne puisse me clouer le bec. Je veux avoir réponse à tout.

- Et donc pour cela, mon garçon, tu apprends par cœur le Talmud.

- J’en ai lu déjà cent-deux pages et quatorze lignes et demi.

- Félicitations, Samuel. Tu auras donc, assurément, la réponse à l’énigme simple que j’aimerais te proposer. Veux-tu l’entendre ?

- Volontiers.

- Ecoute donc, et imagine. Deux malfaiteurs, une maison. A l’intérieur, un coffre-fort. Toutes les issues sont fermées. Par où passer ? Ils s’interrogent. Ils trouvent : par la cheminée. Ils escaladent une gouttière, trottent sur le faîte du toit, se faufilent dans le conduit, tombent dans les cendres de l’âtre. Ils se relèvent. Ils se regardent. L’un est noir de suie, l’autre non. Il est propre comme un sou neuf. Lequel des deux va se laver ?

- Trop facile, rabbi. Le noir.

- Erreur, Samuel. Réfléchis. Le noir voit son compère blanc. Il se croit donc semblable à lui. Mais le blanc, voyant l’autre noir, s’imagine noir, comme lui. Tu me suis ? Alors, qui se lave ?

- Le blanc, rabbi.

- Mais pas du tout ! Le blanc va se laver, d’accord. Logiquement, que fait le noir, quand il voit l’autre sous la douche ?

- Oui, bien sûr, il y va aussi. Ils se lavent donc tous les deux.

- Samuel, mon fils, reste calme. Respire bien. Concentre-toi. Tu vois, je ne m’énerve pas, mais sacré bon sang de bonsoir, ne tire pas trop sur la corde. Je répète donc ma question. Deux voleurs (non, je ne crie pas) descendent par la cheminée. L’un arrive noir, l’autre blanc. Qui va se laver, mille diables ?

- C’est pas les deux ?

- Non, non et non ! Le noir ne va pas se laver puisqu’il voit son compère blanc. Et pourquoi le blanc irait-il quand le noir n’y va même pas ? Tu as compris, tête de mule ?

- Oui, oui, rabbi, c’est bon, c’est clair, tout va bien, aucun ne se lave.

- Tu sais que tu me désespères ? Non, je ne veux pas te froisser, mais tu me sembles bien parti pour le balayage des rues les jours de grand vent sur la ville. Bougre de borgne du cerveau, deux voleurs, une cheminée. Imagine. Visualise. L’un est noir de suie, c’est normal. Comment l’autre pourrait-il être, le cul dans l’âtre, immaculé ? Avant de penser aux réponses, tu dois apprendre, mon garçon, à poser les bonnes questions. Le chemin du savoir est long. Tu n’es qu’au seuil de ta maison. Un pas après l’autre. On commence.

 

Henri Gougaud, “Le livre des chemins”.

Agir vaut parfois mieux que spéculer

Alors que trois amis venaient de traverser les déserts et les steppes des terres sur lesquelles ils s’étaient engagés, ils arrivèrent aux portes de la ville, fatigués et las du long voyage qu’ils venaient d’effectuer. Chasser ou pêcher n’était plus approprié là où ils se trouvaient. Ils n’avaient plus qu’une idée en tête, se nourrir et se reposer. Ainsi, choisirent-ils d’entrer dans la première auberge qu’ils trouvèrent.

-     Toi, l’aubergiste, sers-nous donc à boire et trois assiettes de ce couscous encore fumant que je vois sur la table des autres voyageurs. Nous prendrons une chambre pour y passer la nuit. Veille à ce que les paillasses soient propres et que nous ne soyons point dérangés pour la nuit lança l’un des trois compagnons en faisant tournicoter une pièce d’or sur le comptoir.

L’aubergiste leur assura qu’il disposait de chambres où personne ne viendrait les déranger et que les paillasses étaient propres. Cependant, il ne lui restait plus qu’une seule assiette de couscous et il ne saurait les contenter tous les trois.

Les trois amis se regardèrent. Le plus vieux prit la parole :

-     Le plus vieux d’entre nous devrait avoir la priorité et le plat de couscous devrait lui revenir, c’est une question de bon sens, après tout.

-     Pas du tout s’exprima le deuxième qui était fort costaud. Faisons un bras de fer, le plus fort d’entre nous l’emportera.

-     Tout ceci n’est guère équitable dit le troisième. Je propose que nous allions nous coucher et que celui qui se sera rendu le plus loin dans son rêve mange le plat à son réveil.

Les trois amis trouvèrent l’accord loyal et se retirèrent pour aller dormir.

A peine le soleil levé, le premier dit aux deux autres :

-     Hé, j’ai rêvé que j’allais si loin, qu’après les steppes et les déserts, après la ville, j’ai vu la mer et j’ai dû continuer mon voyage en bateau. C’est dire si j’ai rêvé que je me rendais loin. Assurément l’assiette de couscous est pour moi.

-      Tsst, tsst, s’interposa le deuxième. Moi, j’ai rêvé qu’après la mer, il y avait d’autres plaines, des collines, des vallons et des montagnes que j’ai dû escalader. J’ai pu voir le paysage depuis le haut. C’est dire si dans mon rêve, je me suis rendu loin. Le couscous est donc pour moi.

Les deux premiers se tournèrent vers leur compagnon.

-     Et toi, jusqu’où as-tu rêvé que tu allais ?

-     Oh moi, vous savez, lorsque j’ai vu que vous alliez si loin, je me suis dit que vous ne reviendriez pas, alors j’ai mangé le couscous !

Patricia Rosselló
(d’après une blague racontée par mon père lorsque j’étais enfant – origine Majorque)

La jarre abîmée

 

Un porteur d'eau indien avait deux grandes jarres, suspendues aux 2 extrémités d'une pièce de bois qui épousait la forme de ses épaules. L'une des jarres avait un éclat, et, alors que l'autre jarre conservait parfaitement toute son eau de source jusqu'à la maison du maître, l'autre jarre perdait presque la moitié de sa précieuse cargaison en cours de route.

 

Cela dura 2 ans, pendant lesquels, chaque jour, le porteur d'eau ne livrait qu'une jarre et demi d'eau à chacun de ses voyages. Bien sûr, la jarre parfaite était fière d'elle, puisqu'elle parvenait à remplir sa fonction du début à la fin sans faille.

 

Mais la jarre abîmée avait honte de son imperfection et se sentait déprimée parce qu'elle ne parvenait à accomplir que la moitié de ce dont elle était censée être capable.

 

Au bout de 2 ans de ce qu'elle considérait comme un échec permanent, la jarre endommagée s'adressa au porteur d'eau, au moment où celui-ci la remplissait à la source.

 

"Je me sens coupable, et je te prie de m'excuser."

"Pourquoi ?" demanda le porteur d'eau. "De quoi as-tu honte ?"

"Je n'ai réussi qu'à porter la moitié de ma cargaison d'eau à notre maître, pendant ces 2 ans, à cause de cet éclat qui fait fuir l'eau. Par ma faute, tu fais tous ces efforts, et, à la fin, tu ne livres à notre maître que la moitié de l'eau. Tu n'obtiens pas la reconnaissance complète de tes efforts", lui dit la jarre abîmée.

 

Le porteur d'eau fut touché par cette confession, et, plein de compassion, répondit: "Pendant que nous retournons à la maison du maître, je veux que tu regardes les fleurs magnifiques qu'il y a au bord du chemin".

 

Au fur et à mesure de leur montée sur le chemin, au long de la colline, la vieille jarre vit de magnifiques fleurs baignées de soleil sur les bords du chemin, et cela lui mit du baume au coeur. Mais à la fin du parcours, elle se sentait toujours aussi mal parce qu'elle avait encore perdu la moitié de son eau.

 

Le porteur d'eau dit à la jarre "T'es-tu rendu compte qu'il n'y avait de belles fleurs que de TON côté, et presque aucune du côté de la jarre parfaite? C'est parce que j'ai toujours su que tu perdais de l'eau, et j'en ai tiré parti. J'ai planté des semences de fleurs de ton coté du chemin, et, chaque jour, tu les as arrosées tout au long du chemin. Pendant 2 ans, j'ai pu grâce à toi cueillir de magnifiques fleurs qui ont décoré la table du maître. Sans toi, jamais je n'aurais pu trouver des fleurs aussi fraîches et gracieuses."

 

Morale de l'histoire: Nous avons tous des éclats, des blessures, des défauts. Nous sommes tous des jarres abîmées.

 

Certains d'entre nous sont diminués par la vieillesse, d'autres ne brillent pas par leur intelligence, d'autres trop grands, trop gros ou trop maigres, certains sont chauves, d'autres sont diminués physiquement, mais ce sont les éclats, les défauts en nous qui rendent nos vies intéressantes et exaltantes.

 

Il vaut mieux prendre les autres tels qu'ils sont, et voir ce qu'il y a de bien et de bon en eux. Il y a beaucoup de positif partout. Il y a beaucoup de bon en toi!

 

Ceux qui sont flexibles ont la chance de ne pas pouvoir être déformés. Souvenez-vous d'apprécier tous les gens si différents qui peuplent votre vie ! Sans eux, la vie serait bien triste.

 

Merci d'apprécier amicalement mes imperfections - et, plus important pour toi - d'apprendre à aimer les tiennes !

Origine inconnue

La chemise de l’homme heureux

 

Il était une fois un roi qui était malheureux à en mourir. Les plus belles femmes, les objets les plus élaborés, l’énumération de toutes ses richesses, les histoires les plus merveilleuses, les spectacles les plus envoûtants, les voix les plus pures, les comédiens les plus drôles ne parvenaient à le rendre heureux. Le roi était prostré à longueur de journée. Ses conseillers tentèrent tout ce qu’ils pouvaient pour transformer le roi en un homme heureux. Rien n’y fit.

 

Un jour, Ils décidèrent de rassembler dans la cour les magiciens les plus prodigieux, les astrologues les plus célèbres, des scientifiques, des médecins, des voyants, des sages, des prêtres. Tous conclurent que le seul moyen de rendre le roi heureux serait d’échanger sa chemise contre celle d’un homme heureux.

 

Ainsi, les soldats furent chargés de recenser la population et de trouver cet homme. Le roi n’y croyait pas et il attendait des nouvelles assis sur son trône en baillant et en broyant du noir.

 

Soudain, des hommes se précipitèrent dans la grande salle de réception en poussant devant eux un prêtre qui paraissait paisible malgré la situation. Il souriait et ses yeux brillaient.

 

-   Es-tu heureux mon ami ? Demanda le roi.

-   Oh, oui, il n’y a pas plus heureux que moi.

-   Accepterais-tu d’être prêtre dans ce palais ?

-   Oh oui, s’écria le prêtre en s’agenouillant devant le roi, rien ne me ferait plus plaisir.

 

Le roi le fit renvoyer immédiatement.

 

-   Si tu étais aussi heureux que tu le dis, tu ne chercherais pas à améliorer ta situation. Tu n’es pas l’homme que je recherche.

 

Bientôt, on fit entrer un père de famille qui semblait radieux et en bonne santé.

 

-   Es-tu heureux mon ami ? Demanda le roi.

-   Oh oui, dit l’homme. Il n’y a pas plus heureux que moi. Voyez-vous, j’ai une épouse que j’aime, des enfants tous aussi beaux, gentils et intelligents les uns que les autres. J’ai réussi ma vie.

-   Accepterais-tu de les emmener vivre dans ce palais ?

-   Oh, certainement, s’écria le père de famille, rien ne me ferait plus plaisir que de leur offrir une telle situation.

 

Le roi le fit renvoyer.

 

-   Si tu étais aussi heureux que tu le dis, tu ne chercherais pas à améliorer ta situation, ni celle de ta famille. Tu n’es pas l’homme que je recherche.

 

Quelques jours passèrent avant que des soldats ne se précipitent dans la grande salle.

 

-   Sire, nous avons trouvé l’homme heureux que vous cherchez. Seulement, il ne veut pas se déplacer. C’est un paysan.

-   Qu’à cela ne tienne dit le roi, je veux bien me déplacer et voir si cet homme est celui qui pourra me rendre heureux.

 

Arrivé au milieu du champ dans lequel se tenait le paysan, le roi suivi de sa garde s’empressa de poser la question cruciale à l’homme qui se tenait devant lui.

 

-   Es-tu heureux mon ami ?

-   Oh oui dit l’homme.

-   Accepterais-tu de travailler sur mes propres terres ?

-   Oh non, dit le paysan. Je suis habitué à mes cultures et je ne voudrais les laisser pour rien au monde.

-   Je suis prêt à te payer dit le roi et rondement.

-   N’y pensez pas Sire. J’ai ici de quoi me nourrir et me loger dignement.

-   C’est homme est celui que nous cherchons cria le roi à sa garde. Emparez-vous de sa chemise et qu’on lui donne la mienne.

 

Alors les soldats s’approchèrent du paysan. Soudain, dépourvus, ils se tournèrent vers le roi qui examina l’homme heureux. Celui-ci n’avait pas de chemise !

 

Origine inconnue

Le petit tailleur de pierre

 

Il était une fois un tailleur de pierre qui n’en pouvait plus de tailler dans la pierre au pied de la montagne. Son travail lui semblait des plus ardus et la présence du soleil lui rendait la tâche difficile. Le petit tailleur de pierre était assoiffé et tout en sueur lorsqu’il se dit : « Ah, si seulement, j’étais le soleil, j’aurais la vie belle, rien ne pourrait arrêter mes rayons, le soleil est plus fort que tout ».

 

Au même instant, le petit tailleur de pierre se transforma en soleil et voilà qu’il brillait de toute sa force au-dessus de la montagne. C’était exactement comme il l’avait imaginé dans son rêve lorsque soudain, de gros nuages noirs arrivèrent et l’empêchèrent de continuer à rayonner comme il était en train de le faire. « Ah, si seulement j’étais un nuage, j’aurais la vie belle, rien ne pourrait m’arrêter, en fait, ce sont les nuages les plus forts. Ils le sont bien plus le soleil ».

 

A peine eut-il dit cela que le tailleur se transforma en un gros nuage dense, empêchant les rayons du soleil d’arriver jusqu’en plaine. C’était comme dans son rêve, il se sentait le plus fort lorsque soudain, le vent se leva. En quelques minutes, il dispersa tous les nuages. Il n’en restait plus un dans le ciel. « Ah, si seulement j’étais le vent, se dit le tailleur, j’aurais la vie belle, rien ne pourrait m’arrêter, le vent est plus fort que les nuages, plus fort que le soleil ».

 

Et il se transforma aussitôt en vent. Le tailleur s’amusait à souffler sur les nuages, les chassant au loin, soulevait les feuilles et secouait les branches des arbres, ôtait les chapeaux des gens, et même, se mit à souffler si fort qu’il se changea en tempête, faisant valdinguer tout se qui trouvait sur son passage. Soudain, quelque chose l’arrêta. Surpris, le tailleur regarda devant lui et découvrit la montagne qui venait de l’arrêter. « Ah, si seulement j’étais la montagne, se dit-il alors, je serais le plus fort, beaucoup plus fort que le vent, que les nuages ou que le soleil ».

 

A peine ses mots furent-ils prononcés qu’il se transforma en montagne. Et là, il régnait en maître tout puissant. Il dominait tout. Ses sommets dépassaient les nuages et il pouvait voir au-dessus du monde à l’infini sans que rien ne l’arrête. C’était lui le plus fort. Soudain, quelque chose l’ébranla. On aurait dit qu’à ses pieds… C’est alors qu’il aperçu un petit tailleur de pierre…

Origine inconnue

Les clous

Il était une fois un garçon avec un sale caractère. Son père lui donna un sachet de clous et lui dit d’en planter un dans la barrière du jardin à chaque fois qu’il perdrait patience et qu’il se disputerait avec quelqu’un.

Le premier jour, le garçon planta 37 clous dans la barrière. Les semaines suivantes, il apprît à se contrôler et le nombre de clous plantés dans la barrière diminua jour après jour. Le garçon avait découvert que c’était plus facile de se contrôler que de planter des clous.

Finalement, arriva un jour où le garçon ne planta aucun clou dans la barrière. Alors il alla voir son père et lui dit que pour ce jour il n’avait planté aucun clou. Son père lui dit alors d’enlever un clou de la barrière pour chaque jour où il n’aurait pas perdu patience.

Les jours passèrent et finalement le garçon pût dire à son père qu’il avait ôté tous les clous de la barrière. Le père conduisît son fils devant la barrière et lui dit : “Mon fils, tu t’es bien comporté mais regarde, tous les trous qu’il y a maintenant dans le bois. La barrière ne sera jamais plus comme avant. Quand tu te disputes avec quelqu’un et que tu lui dis quelque chose de méchant, tu lui laisses une blessure comme celle-là. Tu peux planter un couteau dans la chair d’un homme et après le lui retirer, mais il restera toujours une blessure. Peu importe combien de fois tu t’excuseras, la blessure restera.” Sache qu’une blessure verbale fait aussi mal qu’une blessure physique.

Origine inconnue

A tout vouloir sauver

Les singes adoraient jouer dans l’arbre, celui qui surplombe la rivière.

Or, un jour, l’un d’eux s’aperçut que dans l’eau, il y avait des poissons. Vite, il appelât les autres singes. “Aidez-moi, regardez ces pauvres bêtes, elles vont se noyer !” Alors, les singes, se tenirent par la main, enroulèrent leur queue autour des branches pour former une grande chaîne et un par un, sortîrent de l’eau tous les poissons qu’ils pûrent.

Origine inconnue

L’homme qui cherchait sa chance

Il était une fois un homme qui n'avait pas de chance. C'est vrai, il suffisait qu'il achète des chaussures pour que les lacets cassent, qu'il sorte avec son parapluie pour qu'il fasse beau, qu'on lui offre une bouteille de vin pour qu'il ait le goût de bouchon, qu'il fasse la queue pour acheter un billet pour que le guichet ferme. Bref. Vraiment, il n'avait pas de chance. Tous s'accordaient d'ailleurs à le lui répéter. Cependant, trop c'est trop. L'homme qui n'avait pas de chance n'en pouvait plus. Il en avait marre, marre, marre de ne pas avoir de chance.

Aussi, décida-t-il de tout quitter pour aller chercher sa chance. Après tout, si elle ne venait pas à lui, c'est lui qui irait à elle. Et c'est ainsi qu'après avoir quitté la ville d'où il venait. Après avoir traversé monts et vaux, il se trouva à l'orée d'une forêt. Là, il tomba nez-à-nez avec un loup. Un loup ma foi, un peu vieux, tout pelé, maigre comme un clou et dont la voix était rauque à souhait.

- Et toi l'homme, attends, où vas-tu ainsi ? Interrogea le loup.

- Et bien, je cherche ma chance fit l'homme. Ne saurais-tu pas où pourrais-je la trouver toi ?

- La chance ? Fit le loup. Non, si je le savais... Regarde-moi, je suis vieux, je n'ai plus que quelques poils sur mon pauvre dos et mes crocs ne sont plus ce qu'ils étaient. Je ne mange pas tous les jours à ma faim. Si jamais tu trouves la chance, parle-lui de moi !

- L'homme promit qu'il penserait au loup et sans plus attendre, il se remit en route. Après avoir traversé la forêt, il trouva une rivière où il put se rafraîchir. Il s'appuya contre un arbre tout rabougri. Il faisait peine à voir.

- Hé l'homme lui dit l'arbre. Où vas-tu donc ainsi ?

- Et bien, je cherche ma chance fit l'homme. Ne saurais-tu pas où je pourrais la trouver toi ?

- La chance ? Fit l'arbre. Et bien, si seulement je le savais. Regarde-moi, j'ai une source d'eau à mes pieds, de la bonne terre, du soleil et pourtant, mon feuillage ne parvient pas à s'épanouir. Je me sens faible. J'ai de la peine à grandir. Je ne sais ce qu'il m'arrive. Si jamais tu trouves la chance, parle-lui de moi !

L’homme promit qu'il penserait à l'arbre et sans plus attendre, se remit en route.

Après avoir traversé des prairies, des pâturages, des vallons, il se retrouva soudain en plein milieu d'une clairière. Là, il vit une jolie petite maison. Il y avait un jardin plein de fleurs, un potager, les volets étaient peints en vert. Au moment où il passa devant, il entendit :

- Hé, l'homme, où vas-tu comme ça ?

- L'homme s'arrêta et découvrit une jeune femme le visage bien triste.

- Et bien, je m'en vais chercher ma chance. Ne saurais-tu où je pourrais la trouver toi ?

- La chance ? Ah si seulement je savais où elle se trouve, soupira la jeune femme. Regarde, j'ai une jolie maison, un beau potager et pourtant je ne cesse d'être triste. Si je savais pourquoi. Si tu trouves la chance, lui parlerais-tu pour moi ?

- L'homme promit et continua sa route.

Il marcha encore, grimpa en direction de la montagne lorsque soudain, tout là haut, il vit un vieil homme qui semblait être assis près d'un rocher. Sans plus tarder, il se dirigea vers lui.

- Où vas-tu comme ça lui dit le vieillard ?

- Je cherche ma chance.

- Oh, ta chance ? Interrompit le vieil homme. Et bien je peux te dire moi où la trouver ta chance. Elle est là devant toi, tu n'as qu'à la saisir !

Si heureux d'avoir une réponse, l'homme faillit oublier le loup, l'arbre et la jeune femme. Toutefois, se tournant une dernière fois vers le vieil homme, il lui demanda ce qu’il en advenait pour eux. Le vieillard lui indiqua ce qu'il avait à leur répondre. L'homme qui cherchait sa chance remercia le vieil homme solitaire et s'en fut en courant. C'était incroyable, la chance dorénavant se trouvait là devant lui, il n'avait qu'à la saisir. Fou de joie, il dévala la pente. Il ne tarda pas à passer devant la petite maison.

- Hé l'homme, cria la femme, où cours-tu comme ça ?

- Je vais chercher ma chance, elle est là devant moi.

- N'as-tu donc pas parlé pour moi ?

- Si, si cria l'homme. Il paraît que tu es triste car tu es seule et que tu t'ennuies. Il te suffit de trouver un compagnon avec lequel vivre et tu retrouveras le sourire.

- Un homme ? Mais toi, ne voudrais-tu pas être celui-là ?

- Non, non... la chance est là devant moi, j'y cours.

Et il continua sa route.

Arrivé devant la rivière, il vit l'arbre encore une fois. Celui-ci l'interpela.

- Hé l'homme, où cours-tu comme ça ?

- Je cours après ma chance, elle est là devant moi.

- N'as-tu donc pas parlé pour moi ?

- Si bien sûr. Il paraît que tu as enterré au creux de tes racines un trésor. Celui-ci t'empêche de croître.

- Mais toi l'homme, tu as des bras, tu pourrais le déterrer et m'aider à l’ôter de là !

- Je ne peux pas crie l'homme en courant, je vais attraper ma chance, elle est là devant moi.

Et il disparut. Il traversa à nouveau la forêt avant de se retrouver nez-à-nez avec le loup.

- Hé l'homme, où cours-tu ainsi ? As-tu trouvé la chance ?

L'homme prît à peine le temps de s'arrêter devant le loup.

- Non, elle est là devant moi, je cours l'attraper.

- N'as-tu donc pas parlé pour moi ?

- Si, bien sûr. Un vieil homme m'a dit que tu n'avais qu'à manger le premier imbécile venu.

Le loup le regarda d’une bien drôle de façon. Comme l’homme n’était pas encore parti, il lui sauta dessus et le mangea.

Origine inconnue

La moitié du bébé

Nasreddine et sa femme avaient un bébé qui pleurait souvent la nuit. La mère passait son temps assise à côté de lui, à le bercer pour le calmer et l’endormir.

Un soir, épuisée, elle dit à son mari :

- Lève-toi et berce un peu l’enfant. Il ne faut pas oublier qu’il nous appartient à tous les deux, moitié-moitié.

- Eh bien, va bercher la moitié qui t’appartient et laisse la mienne pleurer, lui répondit-il, en enfouissant sa tête sous la couverture.

Jihad Darwiche, David B.

“Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage” (A. Michel)

Le linge de la voisine

Un jeune couple s’installe dans un nouveau quartier.  Dès le lendemain, au moment où le couple prend son petit déjeuner, la femme aperçoit leur voisine qui étend son linge sur la terrasse.

- Que son linge est sale, fait-elle remarquer à son mari. Elle ne sait pas laver ou alors son savon est de bien mauvaise qualité !

Son mari observe la scène mais garde le silence.

Maintenant, chaque fois que la jeune femme voit la voisine étendre son linge, elle répète les mêmes commentaires. Cependant, au bout d’un mois, la jeune épouse est surprise de voir, un matin, que le linge de la voisine est bien propre et elle dit à son mari :

- Regarde, elle a enfin appris à laver son linge. Qui le lui a enseigné ?

Et son mari de répondre :

- Personne. Je me suis levé tôt ce matin et j’ai lavé les vitres de notre fenêtre !

(origine inconnue)

Le mal existe-t-il ?

Un professeur universitaire a défié ses étudiants avec cette question :

«Est-ce que Dieu a créé tout ce qui existe? »

Un étudiant a bravement répondu : « Oui, Il l'a fait ! »

Le professeur a dit : Dieu a tout créé ?

« Oui, monsieur », a répliqué l'étudiant.

Le professeur a répondu :

« Si Dieu a tout créé, Il a donc créé le mal

puisque le mal existe et selon le principe de nos travaux qui

définissent ce que nous sommes, alors Dieu est mauvais.»

L'étudiant était silencieux devant une telle réponse.

Le professeur était tout à fait fier de lui-même

et il se vantait aux étudiants

qu'il avait prouvé encore une fois que la foi chrétienne était un mythe.

Alors un autre étudiant a levé sa main et a dit :

« Puis-je vous poser une question, professeur ?»

« Bien sûr » , a répondu le professeur.

L'étudiant a répliqué : « Professeur, le froid existe-t-il ? »

« Quel genre de question est-ce cela ? Bien sur qu'il existe.

Vous n'avez jamais eu froid ? » a répliqué le professeur.

Le jeune homme a répondu : « En fait, monsieur, le froid n'existe pas.

Selon la loi de physique, ce que nous considérons le froid,

est en réalité l'absence de chaleur.

Tout individu ou tout objet est sujet a l'étude

quand il possède ou transmet de l'énergie.

La chaleur est produite par un corps ou une matière

qui transmet de l'énergie.

Le zéro absolu (-273°C) est l'absence totale de chaleur;

toute la matière devient inerte et incapable de réagir à cette température.

Le froid n'existe pas.

Nous avons créé ce mot pour décrire la façon

dont nous ressentons que nous n'avons aucune chaleur ».

L'étudiant continue: « Professeur, l'obscurité existe-t-elle? »

Le professeur répond : « Bien sûr qu'elle existe ! »

L'étudiant a répondu : « Vous avez encore tort, monsieur.

L'obscurité n'existe pas non plus.

L'obscurité est en réalité l'absence de lumière.

Nous pouvons étudier la lumière, mais pas l'obscurité.

En fait, nous pouvons utiliser le prisme de Newton

pour fragmenter la lumière blanche en plusieurs couleurs

et étudier les diverses longueurs d'onde de chaque couleur.

Vous ne pouvez pas mesurer l'obscurité.

Un simple rayon de lumière fait irruption dans un monde d'obscurité et l'illumine.

Comment pouvez-vous savoir l'espace qu'occupe l'obscurité?

Vous mesurez la quantité de lumière présente.

N'est-ce pas vrai ? L'obscurité est un terme de lumière ».

Finalement, le jeune homme demande au professeur :

« Monsieur, le mal existe-t-il ? ».

Maintenant incertain, le professeur a répondu :

« Bien sûr comme je l'ai déjà dit.

Nous le voyons chaque jour.

C'est dans les exemples quotidiens de l'inhumanité de l'homme envers l'homme.

C'est dans la multitude des crimes et des violences partout dans le monde.

Ces manifestations ne sont rien d'autre que le mal ! »

L'étudiant a répondu :

« La Mal n'existe pas Monsieur,

ou au moins il n'existe pas de lui-même.

Le mal est simplement l'absence de Dieu.

Il est comme l'obscurité et le froid,

un mot que l'homme a créé pour décrire l'absence de Dieu.

Dieu n'a pas créé le Mal.

Le Mal n'est pas comme la foi, ou l'amour

qui existe tout comme la lumière et la chaleur.

Le mal est le résultat de ce qui arrive

quand l'homme n'a pas l'amour de Dieu dans son coeur.

Il est comme le froid qui vient

quand il n'y a aucune chaleur

ou l'obscurité quand il n'y a aucune lumière ».

Le professeur s'est assis.

Le nom du jeune homme: ALBERT EINSTEIN

Source: Albert Einstein

Petite histoire d’amour

Il était une fois un homme très pauvre qui vivait avec son épouse. Un jour, son épouse, qui avait de longs cheveux, lui demanda de lui acheter un peigne pour pouvoir se coiffer. L’homme, désolé, lui dit qu’il n’avait même pas assez d’argent pour réparer le bracelet de sa montre qu’il venait de casser. Emue par le sort de son époux, elle n’insistât pas.

L’homme se rendit à son travail en passant chez l’horloger. Il lui revendit sa montre abîmée à bas prix et s’en alla acheter un peigne pour son épouse.

Le soir, il revînt à la maison, le peigne dans la main, prêt à le lui offrir. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit que son épouse s’était coupée les cheveux très courts, qu’elle les avait vendus et tenait dans sa main un nouveau bracelet de montre.

Des larmes coulèrent simultanément de leurs yeux, non pas pour l’inutilité de leur acte, mais pour la réciprocité de leur amour.

Tout arrive pour le mieux

Un roi régnait, comme tous les grands rois, entouré de nombreux conseillers. Il avait pour premier ministre un homme plein de sagesse qui répétait toujours “tout arrive pour le mieux”.

Ces paroles agaçaient son entourage qui ne comprenait pas toujours ce qu'il voulait dire.

Un jour, en chassant, le roi se coupa accidentellement le petit doigt. Fou de douleur, il retourna au palais tenant sa main blessée. Lorsqu'il fut pansé, le premier ministre venu prendre de ses nouvelles, lui dit :

- Sire, il, ne vous désolez pas pour la perte de votre doigt car tout arrive pour le mieux.

Le roi déjà de fort mauvaise humeur, devint furieux en entendant ces paroles. Il ordonna à ses gardes de jeter immédiatement le ministre en prison.

Quelques jours plus tard, le roi repartit seul chasser dans la forêt. Ayant lancé son cheval au galop derrière un grand cerf, il se retrouva en territoire ennemi. Un silence lugubre régnait dans la forêt sombre. Seul, par moment, le croâssement sinistre d'un corbeau invisible déchirait l'air.

Alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, le roi fut capturé par des guerriers féroces. Ils décidèrent d'offrir ce prisonnier en sacrifice à leur déesse de la guerre, toujours assoiffée de sang. Mais au moment de lui couper la tête, ils remarquèrent qu'il lui manquait un petit doigt et comme seuls les hommes en pleine santé étaient jugés dignes d'être sacrifiés, les guerriers rendirent sa liberté au roi, qui s'empressa de rentrer chez lui.

Le roi se souvint alors des sages paroles du premier ministre : « tout arrive pour le mieux ». Il réalisa que s'il ne s'était pas coupé le doigt par mégarde, les guerriers lui auraient assurément tranché la tête. Il fît relâcher son conseiller et lorsque celui-ci comparût devant lui, le roi lui demanda curieux :

- Si tout arrive pour le mieux, quel bénéfice as-tu obtenu de ta semaine en prison ?

- Sire, répondit le premier ministre, j'accompagne toujours votre Majesté partout. Si vous ne m'aviez pas fait enfermer, je vous aurais suivi à la chasse et j'aurais été capturé avec vous ! On vous a épargné grâce à votre blessure, mais moi, on m'aurait certainement coupé la tête à votre place. C'est pourquoi, Sire, bien souvent il nous faut regarder au-delà des mésaventures de la vie, et même si elles nous désolent sur le moment, garder confiance, car tout arrive pour le mieux.

D’après une histoire de Sathya Sai Baba

Mensonge et Vérité

Dieu décide un jour de créer toutes choses : les bonnes et les mauvaises. Il crée la nuit et le jour, l'envers et l'endroit, la lune et le soleil, le haut et le bas et, ainsi, à toute chose se crée la chose contraire.

Vérité est créée, grande, majestueuse, d'une beauté inégalée. Mensonge, lui, est créé petit, laid et maladif. Dieu, dans sa grande bonté, donne à Mensonge une machette pour mieux se défendre et égaliser ses chances avec Vérité, puis il les envoie exister dans le monde.

Vérité et Mensonge s'en vont chacun de leur côté, chemin cheminant. Les gens préfèrent écouter Vérité, elle est si attirante par sa beauté et tout est si limpide avec elle. Mensonge rejeté, commence à sentir grandir en lui de la jalousie et de la haine pour Vérité. Il décide un jour d'attendre Vérité dans un fourré et de la provoquer. Une bagarre éclate entre les deux opposés de la Parole. Vérité, plus forte et plus résistante, prend le dessus. Toutefois, sûre d'elle, elle perd un peu de son attention. Mensonge profite de ce moment de distraction pour lui couper la tête avec sa machette. Vérité, sidérée, aveugle, cherche à tâtons sa tête pour la replacer sur son corps. En cherchant fébrilement son visage de beauté, elle sent enfin sous ses doigts une tête. D'une rapidité et d'une force insoupçonnée, elle la tire vers elle et la replace sur son corps. Hélas, 'est la tête affreuse et laide de Mensonge qu'elle a, dans son aveuglement, à son tour décapité !

Chemin cheminant, Vérité va de part le monde avec la tête immonde de Mensonge et Mensonge avec la belle tête altière de Vérité... Et les hommes de ne plus savoir discerner la vérité du mensonge.

Quelle pagaille !

Conte africain

Le Jardin des Roses (conte tiré du premier chapitre du Golestân, La conduite des rois)

Un roi voyageait sur un vaisseau accompagné d’un jeune esclave étranger. Jusqu’à ce jour, le jeune homme n’avait pas vu la mer ni connu la navigation. Il fut très vite saisi d’une grande peur, et ses cris de panique indisposèrent les passagers du navire. On eu beau le flatter et tout essayer pour le calmer, ce fut en vain et, à cause de lui, le plaisir du roi fut gâché. Un médecin se trouvant à bord, dit au roi : “O roi, si vous me l’ordonnez, je le fais vite taire !” Le roi ayant répondu qu’on ne pouvait lui rendre plus grand service, le médecin ordonna aussitôt qu’on jeta l’esclave à la mer, accroché à une corde.

On le plongea ainsi plusieurs fois dans l’eau, puis on le tira par les cheveux pour le hisser à bord. Il se suspendit de ses deux mains au timon et il courut aussitôt se tapir dans un coin. Tout le monde fut surpris par son silence. Etonné, le roi demanda :

“Par quel mystère l’as-tu transformé ?”

- Il n’y a pas de secret, répondit le médecin. Ce jeune manquait d’expérience et ne connaissait pas l’angoisse de la noyade, pas plus que la valeur du calme dont on jouit sur un vaisseau. Depuis qu’il a failli mourir, il connaît le bonheur d’avoir été sauvé. Il faut avoir expérimenté la crainte pour pouvoir goûter, comme il se doit, au plaisir du repos.

  • Es-tu rassasié, tu dédaigneras le pain d’orge.
  • Ce qui ne fait plus ton plaisir fera le mien.
  • Pour les “houris” du paradis, le purgatoire est un enfer, mais interroge les damnés, ils répondront : “Le purgatoire est paradis.”
  • Quelle différence entre l’homme qui est auprès de son amour et l’homme qui l’attend les yeux rivés sur la porte ?

Saadi le Shizâzi

L’homme sans souci

Ce roi-là s’angoissait pour tout. Non pas pour les maux du royaume (« Les gens ? disait-il. Quelles gens ? ») mais plutôt pour ces riens majeurs qui occupent l’âme et le cœur des écorchés vifs richissimes. Quel costume pour l’opéra ? J’ai mal au doigt. Ai-je  un cancer ?

Aujourd’hui tout va, mais demain ? Telles étaient les inquiétudes renouvelables à l’infini qui de l’aube au soir l’obsédaient. Vint le jour où son conseiller lui dit :

-           Sire, j’en ai assez de remonter votre moral de la cave au premier étage, tous les matins, comme je fais depuis que vous régnez sur nous. Je connais l’homme qu’il vous faut. Il vit sans le moindre souci avec cinq ou six sous par jour. Allez le voir, observez-le. Peut-être vous apprendra-t-il à ne pas sursauter d’effroi à la moindre mouche qui passe.

-           Bof. Tu crois ? répondit le roi.

Mais le soir-même, à la nuit noire, confiant de l’œil droit et jaloux de l’œil gauche, il se travestit en mendiant et s’en fut frapper au volet de cet ami du dieu Bonheur.

L’homme était en train de dîner. Il lui offrit de son fromage.

-           Es-tu content ? lui dit le roi.

-           De quoi manger, de quoi dormir, quatre murs, un toit sur la tête, que puis-je demander de mieux ? lui répondit le bienheureux.

-           Sans doute as-tu un bon métier ?

-           Je répare les pots cassés. Je gagne cinq, six sous par jour. Cela me suffit amplement.

« Trop facile, pensa le roi. Je vais lui donner du souci. Je suis curieux de voir comment il saura s’en dépatouiller. » De retour au palais :

-           Ministre, j’interdis que tout pot cassé soit dorénavant recollé. Qu’on achète du beau, du neuf. Il faut stimuler le commerce !

Le lendemain, sur le marché, plus rien pour le raccommodeur. Il s’en alla, le nez au vent. Il rencontra, dans un faubourg, un pauvre vieux à bout de souffle qui rafistolait sa maison. Il lui donna un coup de main. Au soir, comme il rentrait chez lui :

-           Salut, mendiant ! Tu tombes bien, c’est bientôt l’heure de dîner.

C’était évidemment le roi dans ses haillons de pégreleux.

-           As-tu de quoi faire la soupe ? lui demanda le déguisé.

-           Je viens de passer ma journée à réparer une charpente. J’y ai gagné cinq sous tout rond.

Le roi pensa : « Insupportable ! Il me nargue. Il me veut du mal. Nous verrons bien si cette fois il passera entre les gouttes que je vais lui postillonner. » Le lendemain, conseil royal.

-           Les travailleurs intermittents sont la plaie de notre pays. Qu’on ramasse les bricoleurs, les déménageurs de greniers, les conteurs, les chanteurs de rue et qu’on les enrôle de force dans mon armée. Voilà, j’ai dit. Post scriptum : Il est un jeune homme que l’on ne devra pas payer. Pas un sou ! Je vous dirai qui.

Voilà notre homme à la caserne. On lui donne un casque, une épée, des bottes, un uniforme bleu. Le soir venu, devant sa porte :

-           Encore toi, mendiant ? Viens donc, j’ai acheté du vin, des figues, du fromage et des raisins secs.

-           Avec quoi ? demanda le roi, les yeux aussi ronds que la bouche.

-           C’est un secret. Tu veux savoir ? J’ai brisé mon épée en six et je vends un bout de ferraille, chaque jour, pour cinq ou six sous.

-           Et qu’y a-t-il, sacré filou, dans le beau fourreau que voilà ?

-           Oh, c’est simple. Une épée de bois.

« Je le tiens », ricana le roi dans sa barbe de faux pouilleux. Le lendemain, dans son palais :

-           Qu’on amène sous mon balcon un brigand condamné à mort. N’importe lequel, je m’en moque. Je veux voir aussi illico le soldat privé de salaire, allons, pressons, vous savez bien, le grand beau à l’air déluré.

 

Voici les deux bientôt plantés au milieu de la cour royale.

-           Je te donne l’ordre, soldat, de trancher le cou de cet homme, brailla le roi en désignant du bout du sceptre le malfrat.

-           Holà, holà, répondit l’autre, c’est là besogne de bourreau. Je ne suis, moi, qu’un fantassin extrêmement aléatoire, pour ne pas dire incompétent. Et puis, sire, réfléchissez, ce bougre est peut-être innocent. N’a-t-il pas l’air vraiment stupide pour un assassin chevronné ? Demandons à Dieu son avis. Vous êtes d’accord ? merci bien.

Et tombant à genoux, bras ouverts, tête en l’air :

-           Seigneur, roi des rois, je t’implore. S’il faut que je tue, je tuerai. S’il ne faut pas, fais un miracle. Que l’épée que je vais tirer de ce fourreau de cuir bouilli ne soit pas de fer, mais de bois !

Geste grandiose, inoubliable. L’arme au soleil ne reluit pas. Signes de croix interminables parmi les ministres béats. Murmures stupéfaits :

-           En bois !

Le roi rit.

-           Viens que je t’embrasse. Je te veux chez moi désormais.

-           Moi ? Pour quoi faire, majesté ?

-           Presque rien. Te regarder vivre et rire de mes vieilles peurs. Cinq sous par jour.

-           Cinq sous ? Parfait !

 

Henri Gougaud (Le livre des chemins)

 

Contrebande

Un paisible poste-frontière. D’un côté la Turquie et de l’autre la Perse. Tous les jours Mullah Nasreddin bourre de paille deux ballots, les attache aux flancs de son âne et se présente à la douane. Et tous les jours, même rengaine. Question :

- Qu’as-tu à déclarer ?

- Je déclare, répond Mullah, que je fais de la contrebande.

Evidemment, les douaniers auscultent les ballots de paille, sondent les oreilles de l’âne, fouillent des babouches au turban le soi-disant contrebandier. Rien. Pas le moindre bibelot, pas le moindre brin de haschisch.

- C’est bon, bandit. Tu peux passer.

- A demain, répond Nasreddin, imperturbable. Hue, cocotte !

Vingt années, six fois par semaine. On passe l’âne, les ballots, le bonhomme au compteur Geiger, à la radio, aux rayons X. Le mystère reste total. Bref, Nasreddin, fortune faite, prend sa retraite. Désormais, grasse matinée, sieste longue, farniente toute la journée. Un soir, à la maison de thé, qui voit-il ? Le chef-douanier, lui aussi retraité de frais. Ils se saluent, boivent, bavardent. Le chef dit enfin :

- Nasreddin, nous sommes tous les deux retirés des affaires. Tu peux avouer maintenant, puisque tu ne risques plus rien. Que passais-tu en contrebande ?

Nasreddin sirote son thé et répond :

- Des ânes. Voilà.

 

Henri Gougaud (L’Almanach)

Conte zen

Cela se passa il y a fort longtemps, dans le jardin d’un monastère Zen.

 

Par un matin ensoleillé d’hiver, les citrons trouvèrent un motif de discorde (personne ne se souvient vraiment du sujet) et commencèrent à se chamailler, en ancien dialecte agrume. Les remarques acides fusaient, des noms de fruits à coque volaient de toutes parts et à un moment donné menaces de pression se firent sous-entendre. Le moine zen qui méditait sous le citronnier dut intervenir avant qu’il y ait un pépin.

 

- Hé, les citrons, ça suffit maintenant. Un zeste de tenue, s’il vous plaît. Vous vous trouvez dans le jardin d’un monastère !… Allez, hop, tout le monde fait zazen avec moi.

- Mais comment on fait, m’sieur ? demandèrent les citrons tout déconfits.

Le moine leur montra:

- Voila, on croise les jambes comme cela, le dos bien droit, la nuque déliée comme légèrement tirée par un fil invisible vers le ciel, le menton un peu rentré. On se tait, on ne fait rien.

 

En peu de temps les citrons s’étaient bien calmés. A ce moment-là, le moine leur demanda de lever les bras et de se toucher la tête. En tâtant, ils trouvèrent un drôle de truc, un pédoncule, et éclatèrent de rire : ils avaient compris qu’ils se trouvaient sur la même branche… La mésentente était illusoire, il n’y avait aucune raison de se disputer. Parfaitement semblables, tous reliés, ils faisaient un avec l’arbre et avec l’univers entier. Quel bonheur !

Recueilli par Khim Nicole Antonini

La lampe dans la baleine

Un jour (celui que tu voudras), un corbeau dérive, perdu dans le mauvais vent de la mer. Il s'épuise, mouillé de houle. Il s'égosille :

- A moi, à moi ! N'importe quoi, mais une terre, à l'aide, un roc, un arbre, un toit !

Son oeil partout ne voit que vagues, horizons gris. Il n'en peut plus. Ses ailes enfin frôlent l'écume, son bec se penche, effleure l'eau. Adieu le ciel, la vie. Miracle ! Sous ses pattes une île surgit.

Une île ? Non, une baleine. Un coup de sa queue fait jaillir un géant d'eau, un arc-en-ciel, sa gueule s'ouvre, tant énorme que tout disparaît alentour. Plus de nuages, plus de jour, un gouffre s'ouvre, inévitable. Le corbeau perd pied, bat des ailes, couine, s'enfonce dans le noir, se croit mort ou presque, et s'étonne. Il tombe assis, tout étourdi, sur le plancher d'une maison. Il se tourne à droite et à gauche. Sur la table, une lampe luit. Une jeune fille penchée ranime la flamme fluette, puis vient à lui.

- Bonjour, corbeau.

- Bonjour. Où suis-je ?

Elle est jolie.

- Chez moi. Chez nous. Au cœur du cœur d'une baleine. Prends tes aises, repose-toi. Tu es ici le bienvenu, mais sur ton âme promets-moi de ne pas toucher à la lampe, de ne même pas l'approcher.

Elle est inquiète, elle le supplie. Il joint ses ailes pour promettre. Elle lui fait confiance, elle sourit, puis en hâte sort de la pièce. Le corbeau regarde alentour. Le lieu est propret, avenant. On dirait une maison d'hommes. La jeune fille s'en revient, se penche encore sur la lampe, puis à nouveau s'en va. Où donc ? Il l'attend. La voilà qui rentre. Elle semble en souci, mais de quoi ? Il le lui demande. Elle soupire :

- De la vie, corbeau, de la vie !

Il ne comprend pas. Elle repart.

L'autre s'étire. Il se sent bien. Sa fatigue, son épouvante ? Il n'y pense plus, c'est passé. La jeune fille reparaît. Il l'observe. Elle lisse la nappe, caresse le flanc de la lampe. La flamme monte droit, c'est bien. Elle trotte dehors, disparaît. " Cette lampe, décidément, qu'a-t-elle donc de si précieux ? " se dit le corbeau. Il s'approche. "J'ai promis. Je n'y touche pas. Je la respire, juste un peu." Son bout de bec effleure l'huile. La lampe s'éteint. Noir profond. Un cri de fille au loin se perd. Chaleur suffocante, mouillée. Le corbeau se débat, étouffe. Partout de la graisse et du sang. Une voix crie dans son esprit : " C'était l'âme de la baleine, et tu l'as tuée, pauvre fou ! Cette fille, c'était son souffle, cette lampe, c'était sa vie ! " Une autre voix, dans le tumulte, proteste, s'enrage, répond : " Un corps si gros, si remuant, pour une âme si vulnérable, si fragile, si démunie, ce n'est pas moi, c'est impossible ! " Le corbeau, parmi les chairs chaudes, parvient à se hisser dehors. A nouveau les vagues, le vent. Voler ? Il n'en a plus la force, ses ailes sont trop abîmées. Alors sur le dos de la bête il vit de viande picorée.

Un jour, après longtemps d'errance, la baleine morte s'échoue sur un rivage où sont des gens. Alors le corbeau se déploie, se change en petit homme sale, fripé, laid comme un cauchemar. Il bondit debout, rit, appelle, il fait de grands signes dansants, se frappe du poing la poitrine

Il crie :

- C'est moi qui l'ai tuée, moi qui vous parle, moi tout seul !

On le fête, on le félicite, on l'habille de belles peaux. Il est, au village des hommes, un considérable héros.

(Henri Gougaud, Le livre des chemins)

Qui a raison ?

Une grande controverse avait divisé le village en deux. On en appela à Djeha-Hodja Nasreddin pour résoudre le problème. Sa femme l'avertit que cela pourrait se retourner contre lui. Conscient de ses responsabilités, Djeha-Hodja Nasreddin ne pouvait se dérober.

Il alla à la place du marché et fit face aux villageois réunis en deux clans opposés. Le leader et quelques voix du premier groupe lui crièrent de s'assurer qu'il avait bien compris leur point

de vue. Après les avoir écoutés, il leur dit :

- Vous avez raison !

Les partisans du second groupe le menacèrent de leur poing pour le convaincre de la validité de leur point de vue. Il les écouta et leur dit :

- Vous avez raison aussi !

Sa femme le tira par la manche et lui souffla qu'ils ne pouvaient pas avoir raison tous les deux.

- Tu as raison toi aussi ! lui répondit-il.

(Extrait de l'un des ouvrage de Idries Shah)

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